Comment sont fabriqués les bijoux Ombre Claire ?

Ombre Claire est née au nord du Niger, dans les cours cachées d’Agadez encore appelée la porte du désert. Derrière les murs terracotta, de petites maisons de banco, parfois des tentes de paille, vivent des familles de forgerons aux savoir-faire ancestraux.

Les artisans lisent les croquis, une vue de face, une vue de profil, une vue du dessus pour chaque bijou dessiné à la main puis se les approprient et les interprètent.

Chaque artisan a sa manière de faire, de lire, d’interpréter, sa main qui façonne… L’un est fort en gravure sur argent, l’autre à la découpe du métal, un autre préfère réaliser les pièces selon la technique du moule à la cire perdue.

Le travail est distribué dans une des petites cours, au milieu des enfants qui jouent au ballon, de quelques chèvres que l’on trait au matin.

Quelqu’un fait le thé vert, on ouvre le carnet de dessins.

L’un d’entre eux va acheter le métal précieux, de l’argent massif recyclé, un magma solide, brillant qu’on fait fondre dans un grand brasier.

On échange les verres de thé, certains vont prier, d’autres prennent du temps pour jouer avec les plus petits, pour raconter la fête du baptême le week-end dernier dans un village de brousse.

Chacun repart avec son dessin de bijou et son morceau de métal.

 

C’est alors que le travail commence, dans les petits ateliers. On allume le feu, on l’attise avec un grand soufflet en peau de chèvre, les charbons rougeoient, le métal entre en fusion, on le fait couler dans une gouttière en fer puis il est plongé dans l’eau. Cela fait un grand nuage de vapeur !

On ressert un verre de thé amer, le temps que l’argent refroidisse.

Une fois solide, les artisans frappent le métal avec les marteaux sur de petites enclumes plantées dans le sol. Une chambre à air de camion entoure chacune des enclumes afin que les morceaux d’argent ne se perdent pas dans le sable.

Le métal est frappé, limé, découpé, bruni, plané, on lui donne la forme du dessin, on ajuste les bagues sur le triboulet, puis on le grave avec de petits burins, les motifs Touaregs viennent le recouvrir. Ils sont comme des enluminures dans le sable, des grigris dans la matière du désert.

On soulève un pli de turban indigo, on boit un autre verre de thé, on accueille quelqu’un dans l’atelier de bijouterie. Les salutations recommencent, on se frôle les mains en demandant les nouvelles « algher rhas » « la paix seulement ». Tout est calme, doux, presque silencieux.

Quelqu’un vient avec du papier de verre et abrase les bijoux, les polie et soudain ils brillent… ils deviennent trésors…

Les bijoux sont alors posés sur un morceau de tissu à côté de celui qui veille au feu.

Les bijoux prennent le temps d’observer le ciel du Sahara, d’écouter le vent et les brebis, les enfants jouer et le muezzin au loin.

 

Les mains refont le chèche touareg, reprennent les bijoux, poursuivent les enluminures. On envoie un message WhatsApp pour savoir si c’est bon, si c’est bien ce que « Oude » veut… je réponds à l’autre bout : « la boucle d’oreille pendante un peu plus arrondie, un peu plus lourde la chevalière, un peu plus bombé le bracelet ajouré… », les mains refont inlassablement.

La nuit passe, le chant du coq revient, et l’on recommence.

Axelle depuis Paris a téléphoné, l’avion pour Niamey part dans deux jours pour Paris, il ne faut pas le rater car on a besoin des prototypes pour un shooting photo à Etretat dans quelques jours…

« Etretat, c’est où cela ? C’est au bord de la mer et il y a des falaises. OK, on recommence vite alors… »

Dans l’atelier des artisans, le plus jeune vient avec une bassine d’eau chaude remplie de lessive bleue, celle qui sert aussi pour le linge. Il plonge les bijoux dans l’eau.

Ses mains sèches prennent l’espace d’un instant une lumière brillante. Les bijoux sont lavés des traces de charbon, de cire, de pâte d’avivage, ils ressortent lumineux.

Axelle a rappelé, il est temps que les précieux bijoux partent pour Niamey.

Moussa vient les chercher pour les emballer dans des petits bouts de papier, les caser dans une boite de sucre ou de thé. Quelqu’un a-t-il une boite de carton un peu plus grande ? La boite de sucre ira en tassant bien.

 

L’avion avec les bijoux s’en va et le soleil continue de tourner sur la petite ville ocre. Les artisans continuent de frapper le métal, le coq continue de chanter à l’aube, les mains gravent les bijoux, le thé bout, le muezzin fait son appel et les savoir-faire se transmettent l’air de rien dans ce mouvement continue.

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